Roberto Bolaño : biographie et romans de l’écrivain chilien

Cet article a été généré par intelligence artificielle et publié sans révision humaine approfondie.

En bref :

  • Roberto Bolaño (1953-2003) est un écrivain chilien, poète, romancier et nouvelliste dont l’œuvre s’est construite entre le Chili, le Mexique et l’Espagne.
  • Son parcours d’exil, son arrestation après le coup d’État de 1973 et son passage par la bohème poétique nourrissent directement ses romans.
  • Les Détectives sauvages, publié en 1998, lui apporte une reconnaissance internationale et reçoit le prix Herralde puis le prix Rómulo-Gallegos en 1999.
  • 2666, paru après sa mort, prolonge ses grands thèmes : violence politique, disparitions, littérature, errance et mal contemporain.
Peu de temps ? Voilà ce qu’il faut retenir : Repère utile
Pour commencer Roberto Bolaño Étoile distante ou Nocturne du Chili permettent d’entrer dans son univers sans se lancer d’emblée dans un roman de plusieurs centaines de pages.
Pour comprendre sa trajectoire Son expérience du Chili de 1973, de Mexico et de l’infraréalisme explique la place centrale des poètes, de l’exil et des générations perdues dans ses livres.
Erreur fréquente Réduire Bolaño au polar ou à la littérature de la dictature : ses récits parlent aussi d’amitié, de désir d’écrire, de précarité et de vies ordinaires prises dans l’Histoire.
Édition française Les traductions françaises de Robert Amutio ont joué un rôle décisif ; les œuvres complètes paraissent aux Éditions de l’Olivier depuis 2020, avec des reprises en poche chez Points.

Roberto Bolaño : biographie d’un écrivain chilien entre exil et poésie

Roberto Bolaño naît le 28 avril 1953 à Santiago du Chili. Son père, chauffeur routier et ancien boxeur, et sa mère, institutrice, élèvent leurs deux enfants dans un pays déjà traversé par de fortes inégalités sociales et politiques. L’enfance de l’auteur se déroule en partie dans le sud côtier du Chili, loin du centre intellectuel de Santiago. Il se décrira plus tard comme un garçon fragile, très myope, souvent seul, qui trouve dans les livres une protection plus fiable que la cour de récréation.

La dyslexie et les humiliations scolaires comptent dans cette biographie. Elles ne deviennent jamais chez lui un simple épisode édifiant, raconté pour faire de l’écrivain un héros. Elles donnent plutôt naissance à une attention durable pour les marginaux : adolescents maladroits, poètes sans argent, ratés magnifiques, fugitifs, lecteurs obsessionnels. Dans ses livres, ceux qui paraissent périphériques regardent souvent le monde avec davantage de netteté que les personnages installés, respectables ou puissants.

En 1968, la famille s’installe à Mexico. Bolaño quitte l’école, travaille comme journaliste et se rapproche des milieux de gauche. La capitale mexicaine est alors une ville immense, électrique, où se croisent étudiants, artistes, militants et écrivains. Le massacre de Tlatelolco, survenu en octobre 1968 contre un mouvement étudiant, laissera une trace profonde dans l’imaginaire de toute une génération. Même lorsqu’il ne le raconte pas frontalement, l’auteur garde en mémoire cette violence d’État qui atteint les jeunes corps et les rêves collectifs.

En 1973, il retourne au Chili afin de soutenir le projet socialiste de Salvador Allende. Le 11 septembre, le coup d’État mené par Augusto Pinochet renverse le gouvernement. Bolaño est arrêté peu après, soupçonné d’activités terroristes, et reste détenu huit jours. Selon le récit qu’il a donné, deux anciens camarades d’école, devenus gardiens, le reconnaissent et contribuent à sa libération. Cette expérience réapparaît, transformée par la fiction, dans la nouvelle « Détectives », publiée dans Appels téléphoniques.

Ce moment ne doit pas être traité comme une légende commode. La détention devient chez Bolaño un point de rupture : le danger n’est plus une idée politique ou une posture de jeune militant. Il prend la forme concrète des cris entendus la nuit, de l’attente, de l’impossibilité de lire, de la peur de ne pas sortir. La violence des dictatures militaires sud-américaines traverse ensuite son œuvre, mais elle n’y est jamais décorative. Elle modifie les gestes les plus simples, les amitiés, les ambitions artistiques et les souvenirs.

Après quelques mois au Chili, Bolaño reprend une existence mouvante. Il vit ou séjourne au Mexique, au Salvador, en France et en Espagne. Cette circulation ne relève pas du tourisme littéraire. Elle correspond à la condition précaire de nombreux artistes et exilés latino-américains de cette période. Chez lui, les frontières sont rarement rassurantes : elles séparent des pays, mais elles déplacent aussi les blessures. Une ville peut être aimée, quittée, rêvée, puis retrouvée comme un lieu presque irréel.

Au Mexique, vers le milieu des années 1970, il participe à la fondation de l’infraréalisme avec le poète Mario Santiago Papasquiaro. Le mouvement revendique une poésie libre, hostile aux institutions et aux cérémonies du monde littéraire. Ses membres perturbent parfois des lectures publiques et refusent les hiérarchies établies. Bolaño transformera cette aventure en matière romanesque : le « réalisme viscéral » des Les Détectives sauvages est une transposition drôle, mélancolique et volontairement déformée de cette jeunesse poétique.

Ce rapport conflictuel au milieu littéraire explique une part de son énergie. Il ne s’agit pas seulement de moquer les écrivains officiels ou les jurys. Bolaño interroge ce qui pousse quelqu’un à écrire alors qu’il n’a ni argent, ni lectorat, ni place reconnue. La poésie est chez lui une vocation qui peut sauver, mais aussi épuiser. Elle fait tenir debout des êtres qui n’ont parfois pour tout bagage qu’un carnet, un livre abîmé et une adresse provisoire.

La biographie de Roberto Bolaño ne se sépare donc jamais de son œuvre. L’exil, l’amitié, la peur politique et l’apprentissage rude de la littérature ne sont pas des clés uniques qui expliqueraient mécaniquement les romans. Ils forment plutôt un sol instable, dont chaque récit fait remonter une poussière différente. Le lecteur qui ouvre Bolaño entre ainsi dans des vies où la quête artistique n’efface jamais le fracas de l’Histoire.

Pourquoi le Mexique et l’infraréalisme éclairent les romans de Roberto Bolaño

Le Mexique est bien davantage qu’une étape dans la vie de Roberto Bolaño. C’est le lieu où l’écrivain chilien devient poète, rencontre une génération et invente une manière de faire de la littérature contre les cadres installés. Mexico, dans les années 1970, est une ville où l’on peut changer d’emploi, de logement, de groupe politique ou de rêve en quelques semaines. Cette mobilité, parfois grisante, parfois brutale, nourrit la structure même de ses récits.

L’infraréalisme, fondé autour de 1975, n’a jamais été un grand mouvement institutionnel comparable au surréalisme. Son importance tient ailleurs : dans la fraternité, les disputes, la provocation et la conviction que la poésie devait sortir des salons. Bolaño et Mario Santiago Papasquiaro y cherchent une parole vive, moins soucieuse de carrière que d’intensité. Le groupe se méfie des autorités culturelles, des écoles littéraires trop policées et de l’idée selon laquelle publier suffirait à devenir écrivain.

Dans Les Détectives sauvages, cette expérience devient le réalisme viscéral. Les jeunes poètes Arturo Belano et Ulises Lima partent à la recherche de Cesárea Tinajero, une figure oubliée de l’avant-garde mexicaine. Leur enquête entraîne le lecteur dans un récit à plusieurs voix, fait de journaux, de témoignages, de souvenirs contradictoires et de longues routes. Bolaño ne raconte pas une génération de manière scolaire : il fait entendre ses accents, ses gestes, ses erreurs, ses enthousiasmes parfois ridicules.

Cette forme chorale est l’une des grandes forces du roman. Un personnage n’est jamais défini une fois pour toutes : il existe à travers le regard des autres. Belano peut apparaître courageux, insupportable, drôle, fuyant ou vulnérable selon celui qui parle. Le procédé dit quelque chose de profond sur la mémoire collective. Les destins littéraires ne se construisent pas seulement dans les livres publiés ; ils restent aussi dans les anecdotes de chambres louées, de lectures nocturnes et de conversations interrompues.

Une jeunesse littéraire sans décor romantique

Il serait facile de faire de cette bohème une carte postale séduisante. Bolaño évite ce piège. Ses jeunes poètes n’ont pas seulement faim de vers : ils ont souvent faim tout court. Ils dorment mal, cumulent les petits boulots, déçoivent leurs proches et se blessent dans des histoires d’amour confuses. Leur liberté a un coût matériel. Cette lucidité distingue ses romans de nombreuses fictions sur les apprentis écrivains, qui transforment volontiers la misère en accessoire esthétique.

Le mot « aventure » revient souvent à propos de Bolaño, mais son sens est ambigu. Partir sur les routes peut devenir une fuite. Refuser l’ordre établi peut protéger une exigence artistique, mais aussi empêcher de vivre durablement de son travail. Le romancier connaît ce dilemme. Il a lui-même longtemps vécu de manière instable avant de s’installer en Espagne, où il exercera plusieurs métiers alimentaires : plongeur, manutentionnaire, gardien de camping, groom ou éboueur selon les périodes.

Cette expérience donne à ses personnages une densité particulière. Ils connaissent les hôtels anonymes, les emplois de nuit, les trajets en bus et les lieux où l’on n’est attendu par personne. Pour un lecteur habitué aux romans d’écrivains déjà reconnus, cette littérature peut avoir quelque chose de salutaire. Elle rappelle que l’écriture ne commence pas dans une maison d’édition : elle commence parfois sur une table branlante, après une journée de travail, avec une fatigue qui brouille les phrases.

Le rapport de Bolaño à la littérature latino-américaine est également plus complexe qu’une simple filiation. Il admire certains aînés, mais refuse de se laisser enfermer dans l’image exotique d’un continent littéraire réduit au réalisme magique. Son univers accueille les fantômes, les rêves et les coïncidences, certes, mais il regarde surtout les violences très réelles du XXe siècle. La dictature, la disparition, la corruption, l’impunité et l’errance sont des réalités historiques avant d’être des motifs de fiction.

Pour prolonger cette découverte, il peut être utile de parcourir un dossier consacré à la littérature latino-américaine contemporaine. Bolaño s’y lit mieux lorsqu’on le replace parmi des voix qui racontent, chacune à leur manière, les traces des dictatures et les fractures de l’exil. Son œuvre garde pourtant une singularité nette : l’humour y côtoie l’effroi sans chercher à les réconcilier.

Le Mexique de Bolaño n’est donc ni un décor nostalgique ni une simple origine géographique. C’est un laboratoire humain et littéraire, où le désir de créer s’éprouve contre la précarité, l’Histoire et les illusions de la jeunesse. Cette tension accompagne ensuite chacun de ses grands livres.

Les Détectives sauvages : le roman qui révèle Roberto Bolaño au grand public

Publié en Espagne en 1998 chez Anagrama sous le titre Los detectives salvajes, Les Détectives sauvages constitue le véritable tournant de la carrière de Roberto Bolaño. Le livre reçoit le prix Herralde la même année, puis le prix Rómulo-Gallegos en 1999. Cette double reconnaissance fait sortir l’auteur du cercle des lecteurs attentifs de poésie et de fiction hispanophone. Elle confirme surtout qu’un roman ambitieux peut parler de littérature sans se réduire à un roman pour spécialistes.

Le livre commence avec le journal de Juan García Madero, adolescent passionné de poésie qui rejoint le réalisme viscéral. Puis le récit se déploie à travers des dizaines de voix, sur plusieurs années et plusieurs continents. Les témoignages s’enchaînent sans qu’une autorité vienne les classer. Cette construction peut dérouter au début. Elle devient peu à peu la forme juste d’une histoire qui parle de dispersion, de souvenirs incomplets et de vies qui se croisent avant de s’éloigner.

La recherche de Cesárea Tinajero est le moteur visible du roman. Mais l’enquête se déplace constamment. Les personnages cherchent une poétesse disparue et découvrent, en chemin, ce qu’ils ne savent pas d’eux-mêmes. Bolaño joue avec les codes du roman d’aventures, du récit de formation, du road movie et du roman policier. Il ne donne pourtant pas au lecteur le confort habituel de l’énigme résolue. Chez lui, trouver une trace ne signifie pas réparer une absence.

La traduction française de Robert Amutio a largement contribué à l’accueil de l’œuvre en France. Son travail restitue une langue mobile, tantôt familière, tantôt rêveuse, parfois brutale. C’est un point important : lire Bolaño en français, ce n’est pas seulement lire un grand roman traduit, c’est aussi rencontrer le travail patient d’un traducteur qui maintient la diversité des voix et des rythmes. Une traduction réussie ne gomme pas l’étrangeté ; elle lui donne une respiration dans une autre langue.

Roman Date de parution originale Ce qu’il permet de découvrir Pour quels lecteurs ?
Étoile distante 1996 Le lien entre art, dictature et fascination pour le mal. Lecteurs qui souhaitent un roman court et incisif.
Les Détectives sauvages 1998 La jeunesse poétique, Mexico et la narration chorale. Lecteurs prêts à suivre de nombreux narrateurs.
Nocturne du Chili 2000 La compromission des élites intellectuelles sous Pinochet. Lecteurs sensibles aux monologues tendus et sombres.
2666 2004 La violence mondiale, les féminicides et les obsessions de l’auteur. Lecteurs disposés à prendre leur temps avec un roman vaste.

Le succès de ce livre tient aussi à sa capacité à ne jamais idéaliser les écrivains. Les poètes de Bolaño peuvent être généreux et odieux, brillants et perdus. Ils séduisent, abandonnent, mentent, disparaissent. L’auteur refuse de faire de la vocation littéraire une garantie morale. Cette idée revient dans toute son œuvre : aimer les livres n’immunise contre rien. L’érudition peut cohabiter avec la lâcheté, le talent avec la cruauté, la beauté avec des formes de violence très concrètes.

Pour autant, Les Détectives sauvages n’est pas un roman désespéré. Il est traversé par une tendresse rare pour les amitiés de jeunesse et les fidélités improbables. Les personnages continuent de lire, d’écrire et de chercher, même lorsque le monde ne leur promet aucune récompense. Cette persistance est peut-être ce qui rend le livre si vivant : la littérature n’y apporte pas le salut, mais elle permet encore de nommer ce qui se défait.

Le roman peut moins convenir à qui cherche une intrigue linéaire ou une résolution nette. Les lecteurs attachés à des repères narratifs stables pourront se sentir bousculés par ses détours. En revanche, ceux qui aiment les livres où une voix secondaire peut soudain ouvrir un paysage entier y trouveront une expérience de lecture durable. Il gagne à être lu lentement, sans chercher à mémoriser chaque personnage comme on prépare un examen.

La meilleure porte d’entrée reste simple : accepter de se laisser guider par les voix, plutôt que d’exiger immédiatement une carte complète du territoire. C’est ainsi que le roman révèle sa force : non comme une démonstration sur la poésie, mais comme une mémoire en mouvement.

Les grands thèmes littéraires de Roberto Bolaño : art, violence et disparition

Les thèmes littéraires de Roberto Bolaño sont reconnaissables, mais ils ne fonctionnent jamais comme une liste de motifs que l’auteur répéterait livre après livre. La poésie, les dictatures, les disparus, les jeunes gens en fuite, les villes-frontières et les livres rares constituent des points de départ. Chaque récit les déplace. Ils peuvent surgir dans un monologue de prêtre, une enquête universitaire, une notice biographique imaginaire ou la confession d’un personnage qui parle trop tard.

Étoile distante, publié en 1996, offre un exemple saisissant de cette méthode. Le roman suit la trace de Carlos Wieder, poète lié à la répression chilienne, dont les performances artistiques deviennent inséparables de la terreur. Bolaño y pose une question inconfortable : que se passe-t-il lorsqu’une société accorde à l’art une aura telle qu’elle ne veut plus regarder les crimes commis en son nom ou à ses côtés ? Le livre ne cherche pas une réponse rassurante.

Nocturne du Chili, paru en 2000, approfondit cette interrogation à travers le monologue d’un prêtre et critique littéraire. Sur une centaine de pages, le narrateur tente de justifier son existence, ses choix et ses silences. La phrase avance comme une confession fiévreuse. Elle ne s’arrête presque jamais, parce que s’arrêter obligerait le personnage à voir clairement ce qu’il a préféré ignorer. Le roman montre comment la culture peut se rendre complice quand elle choisit le confort plutôt que la lucidité.

La Littérature nazie en Amérique, un faux dictionnaire à lire sans confusion

Le titre français La Littérature nazie en Amérique est parfois déformé dans les recherches rapides en « Nazi Littéraire ». Cette formule imprécise masque l’invention du livre. Paru en 1996, le roman prend la forme d’une encyclopédie fictive consacrée à des écrivains imaginaires d’extrême droite sur le continent américain. Bolaño invente des carrières, des revues, des œuvres absurdes et des réseaux intellectuels. Le résultat est à la fois drôle, glaçant et très précis dans sa manière d’imiter les discours de légitimation culturelle.

Ce faux dictionnaire n’est pas un jeu gratuit. Il montre que les idéologies criminelles peuvent aussi produire des bibliothèques, des revues, des cercles de lecteurs et des ambitions esthétiques. L’auteur attaque ainsi une tentation persistante : séparer trop facilement l’œuvre de tout contexte politique, comme si la forme suffisait à absoudre ce qu’elle porte. Ce livre s’adresse aux lecteurs curieux de constructions originales et d’humour noir. Il plaira moins à ceux qui attendent un récit continu avec un héros unique.

La disparition est un autre fil essentiel. Chez Bolaño, elle concerne les corps, les écrivains oubliés, les manuscrits, les témoins et parfois les pays eux-mêmes. Un personnage absent organise souvent toute l’action. Cela se voit dans Les Détectives sauvages avec Cesárea Tinajero, mais aussi dans 2666, où un écrivain mystérieux, Benno von Archimboldi, attire chercheurs et lecteurs sans se laisser saisir.

L’œuvre refuse cependant de transformer les disparus en simples énigmes élégantes. Dans le cas des violences politiques ou des meurtres de femmes, l’absence est un scandale, pas un motif esthétique. C’est particulièrement net dans la quatrième partie de 2666, consacrée aux crimes de Santa Teresa, ville fictionnelle inspirée de Ciudad Juárez. La répétition des assassinats produit une lecture éprouvante. Elle oblige à mesurer ce que la routine administrative, policière ou médiatique peut faire à la perception de la violence.

Pour approfondir cette dimension, la lecture d’un guide de romans sur les dictatures en Amérique latine permet de situer Bolaño parmi d’autres écrivains confrontés à cette mémoire. Il ne décrit pas seulement les années de plomb : il s’intéresse aussi à leurs prolongements, à ce qui demeure lorsque les régimes sont tombés mais que les réflexes de peur et les impunités restent en place.

Dans ces récits, la littérature n’est jamais hors du monde. Elle peut devenir refuge, mensonge, arme ou lieu de survie. Cette ambivalence explique pourquoi les livres de Bolaño continuent de troubler : ils demandent au lecteur ce qu’il choisit de regarder, et ce qu’il accepte de laisser dans l’ombre.

2666 et l’influence littéraire durable de Roberto Bolaño

Lorsque Roberto Bolaño meurt à Barcelone le 15 juillet 2003, à la suite d’une insuffisance hépatique, il laisse un manuscrit immense en cours de finalisation : 2666. Le roman paraît en 2004 chez Anagrama, un an après sa disparition. Il est composé de cinq parties liées par des personnages, des lieux et une même sensation de catastrophe diffuse. L’auteur avait envisagé une publication séparée des parties afin d’assurer davantage de revenus à ses enfants. Ses ayants droit et son éditeur choisissent finalement de le publier en un seul volume.

Cette décision donne au livre sa force de bloc. 2666 commence avec quatre universitaires européens qui recherchent le romancier allemand Benno von Archimboldi. Il passe ensuite par la ville mexicaine fictive de Santa Teresa, par le destin d’un professeur de philosophie, par l’énumération terrible de meurtres de femmes, puis par l’histoire d’Archimboldi. Rien n’est refermé de manière parfaitement ordonnée. Le roman construit au contraire un monde où les liens se devinent, se perdent et réapparaissent sous un autre angle.

Santa Teresa renvoie clairement à Ciudad Juárez, ville frontalière marquée par de nombreux féminicides. Bolaño ne prétend pas produire un rapport judiciaire ni offrir une solution romanesque à ces crimes. Il met en scène l’accumulation des dossiers, les inerties institutionnelles, les regards qui se détournent et l’impuissance des discours. Cette partie exige une attention particulière : elle peut être difficile à lire par sa violence répétée. Elle ne devrait pas être abordée comme une épreuve de prestige littéraire, mais comme un texte qui demande du temps et parfois des pauses.

Le roman montre aussi une mondialisation sombre. Des professeurs européens, des industriels, des policiers, des journalistes, des ouvrières d’usine et des écrivains circulent dans un même espace, sans vivre le même monde. Les distances sociales y sont aussi décisives que les distances géographiques. Bolaño observe comment la culture peut voyager librement tandis que certains corps restent exposés au danger, à l’exploitation ou à l’oubli.

Depuis sa publication, l’influence littéraire de Bolaño se mesure moins à l’imitation directe de son style qu’à l’autorisation qu’il a donnée à plusieurs formes de roman. Des écrivains ont retenu de lui la narration éclatée, la présence des archives, les fausses biographies, le mélange de l’enquête et de la méditation politique. D’autres ont été frappés par sa manière de faire coexister des vies minuscules et des événements historiques écrasants, sans donner de leçon au lecteur.

Son influence se lit aussi dans l’attention accrue portée aux traducteurs. En France, Robert Amutio a accompagné une large part de l’œuvre, tandis que Jean-Marie Saint-Lu a traduit L’Esprit de la science-fiction. Les traductions ont permis de faire connaître un auteur dont la syntaxe, les registres de langue et les références circulent entre plusieurs pays. Les Éditions de l’Olivier publient depuis 2020 les œuvres complètes de Bolaño en six volumes, un repère précieux pour qui souhaite suivre l’ensemble de son parcours.

La réception posthume ne doit pas effacer le poète derrière le romancier. Bolaño se considérait d’abord comme un poète, et Les Chiens romantiques, recueil publié dans une version revue en 2000, aide à entendre cette voix plus directe. Ses poèmes parlent de nuits, de routes, de jeunesse, de livres et de visages perdus. Ils ne sont pas une annexe décorative de ses romans : ils en portent souvent le rythme nerveux et la mélancolie.

Pour découvrir l’auteur sans se décourager, un parcours en trois temps fonctionne bien : Étoile distante pour la concision et la noirceur ; Les Détectives sauvages pour l’ampleur des voix ; puis 2666 lorsque l’on souhaite entrer dans son projet le plus vaste. Cette progression évite de faire de Bolaño un monument intimidant. Elle permet de voir comment un poète chilien, longtemps précaire, est devenu une voix majeure des lettres hispanophones.

Son œuvre demeure vivante parce qu’elle n’aplatit jamais les contradictions. Elle tient ensemble la ferveur des jeunes écrivains, la fatigue des adultes, les crimes collectifs et la persistance d’un désir de lire. Chez Roberto Bolaño, les livres ne réparent pas le monde, mais ils empêchent parfois qu’il disparaisse tout à fait de la mémoire.

Quel livre de Roberto Bolaño lire en premier ?

Étoile distante est souvent le meilleur point de départ : court, puissant et représentatif de ses obsessions autour de l’art, de la dictature chilienne et du mal. Les Détectives sauvages convient ensuite aux lecteurs qui aiment les récits amples et fragmentés.

Pourquoi Roberto Bolaño est-il considéré comme un écrivain majeur ?

Son importance tient à une forme romanesque très libre, à son regard sur les violences politiques et sociales, et à sa manière de faire de la poésie, de l’enquête et de l’errance des matières de fiction. Les Détectives sauvages et 2666 ont largement établi sa réputation internationale.

Roberto Bolaño a-t-il réellement été emprisonné après le coup d’État chilien ?

Oui. Selon son propre récit, il a été arrêté après le coup d’État de septembre 1973 et détenu durant huit jours. Il a expliqué avoir été libéré grâce à deux anciens camarades de lycée devenus gardiens.

Que signifie le titre La Littérature nazie en Amérique ?

Il s’agit d’un faux dictionnaire biographique consacré à des écrivains imaginaires d’extrême droite. Le livre emploie l’ironie et la satire pour interroger les liens entre création artistique, idéologie et violence politique.

2666 est-il un roman terminé ?

Roberto Bolaño travaillait encore à 2666 avant sa mort en 2003. Le manuscrit a été publié en un seul volume en 2004. Il forme un ensemble cohérent en cinq parties, même si sa structure ouverte conserve la trace d’un projet en mouvement.

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