Habemus Bastard : présentation et résumé de la série BD

Habemus Bastard débarque en librairie comme un coup de poing enveloppé dans une soutane : un polar noir, drôle et féroce, où un tueur à gages se cache sous l’habit d’un prêtre dans un village du Jura. La série BD joue avec les codes du crime, de la comédie et de la satire religieuse, sans jamais perdre de vue le plaisir de lecture.

Peu de temps ? Voilà ce qu’il faut retenir :
Une série BD née de la rencontre entre le scénariste de polar Jacky Schwartzmann et le dessinateur Sylvain Vallée, publiée chez Dargaud.
Point de départ : Lucien, homme de main ratant une mission, fuit son patron mafieux en se faisant passer pour un prêtre dans un coin reculé du Jura.
Ambiance : bande dessinée mêlant humour noir, action survoltée, dialogues ciselés et critique douce-amère des institutions, notamment de l’Église.
Pour qui ? Lecteurs et lectrices de polars graphiques, amateurs d’anti-héros, de scénario tendu, de personnages ambigus et d’illustrations semi-réalistes efficaces.

Habemus Bastard : présentation complète d’une série BD entre polar et satire

Au cœur de Habemus Bastard, il y a une idée simple et immédiatement visuelle : un truand en fuite qui se glisse dans les vêtements d’un prêtre pour sauver sa peau. Cette présentation tient presque sur une ligne, mais elle ouvre un terrain de jeu immense pour une bande dessinée qui convoque à la fois le polar classique, la comédie noire et la critique sociale.

La série BD est publiée chez Dargaud, dans la collection Hors Collection, avec un premier tome intitulé L’être nécessaire, paru le 3 mai 2024. Album cartonné au format 225 x 298 mm, il compte 88 pages et est proposé à un prix public d’environ 21,50 €. Pour un lecteur habitué aux grands formats franco-belges, on reste dans des repères familiers, autant en terme d’objet que de pagination.

Derrière le projet, deux noms bien connus des amateurs de polar : Sylvain Vallée au dessin, déjà remarqué pour « Il était une fois en France », « Katanga » ou « Tananarive », et Jacky Schwartzmann au scénario, auteur de romans noirs comme « Demain c’est loin », « Kasso » ou « Shit ! ». L’un apporte cette ligne semi-réaliste nerveuse qui a fait ses preuves sur les récits historiques et criminels, l’autre injecte une verve et un sens de la réplique hérités du roman noir contemporain.

Le pitch officiel insiste sur un élément clé : « un homme de main n’a pas droit à l’erreur ». Lucien, le héros, commet pourtant une faute que son patron ne pardonnera pas. Plutôt que de s’envoler à l’étranger, de s’engager dans la Légion ou de changer de visage, il opte pour une cachette inattendue : il enfile une soutane et se fait passer pour le nouveau prêtre d’une paroisse paumée du Jura. Toute la série BD s’articule autour de ce décalage permanent entre ce qu’il est, un tueur à gages sans scrupules, et ce qu’il doit prétendre être, un homme d’Église censé guider les âmes.

La réception critique a été rapide et enthousiaste. Des médias généralistes comme France Info, Le Monde, Marianne, Le Figaro Littéraire ou Le Parisien se sont emparés du livre, saluant un polar « décapant », « caustique », « survolté », servi par un « humour noir corrosif » et des dialogues « jubilatoires ». Ce type d’écho médiatique reste rare pour une nouveauté BD qui n’exploite pas de licence existante, et témoigne de la place que la série est en train de prendre dans le paysage de la bande dessinée policière.

Pour les lectrices et lecteurs qui cherchent une œuvre accessible, le livre est classé « tous publics » par l’éditeur. Cela ne signifie pas que le contenu vise les enfants, mais plutôt que la violence reste stylisée et que l’humour noir, parfois grinçant, prime sur la crudité graphique. Les scènes d’action existent, les cadavres aussi, mais le ton reste plus proche de la comédie de truands que du récit gore.

Pour situer Habemus Bastard dans la production actuelle, on peut penser à ce mélange de registres qu’on retrouve dans certains films de gangster à la française, où un personnage paumé se retrouve propulsé dans un rôle qui le dépasse – sauf qu’ici le décor n’est pas un palace ni un bar de banlieue, mais un presbytère de province. Dans le contexte 2026, où la BD de genre multiplie les propositions, cette série se distingue précisément par ce choix de décor rural et cette utilisation de l’Église comme terrain de satire contemporaine.

Cette première approche pose les bases. Pour entrer vraiment dans le vif du sujet, il faut désormais plonger dans le résumé détaillé de l’histoire et voir comment les auteurs exploitent cette situation explosive.

Résumé détaillé de l’histoire : de l’échec au contrat au refuge sous la soutane

Tout commence du côté sombre. Lucien est présenté comme un homme de main expérimenté, habitué à faire le « sale travail » pour le compte d’un patron mafieux redouté. Il vit dans un monde où une erreur se paie au prix fort, et la première scène le montre justement en train de rater une mission censée être routinière. Ce faux pas enclenche immédiatement un compte à rebours : son patron décrète qu’il doit payer, et met des tueurs à ses trousses.

Face à la menace, le réflexe logique serait de fuir loin : prendre un avion, se perdre dans une grande ville étrangère, changer d’identité. Les options sont évoquées, presque listées, comme autant de portes de sortie classiques des fictions criminelles. Mais le récit bifurque : au lieu de suivre cette voie attendue, Lucien fait le pari insensé de se cacher au grand jour, sous la robe d’un prêtre dans un village isolé du Jura où personne ne connaît encore le nouveau curé attendu.

Le cœur de l’album montre alors ce glissement d’identité. Lucien débarque dans la paroisse, se fait passer pour l’ecclésiastique annoncé, et découvre au passage un univers qu’il ne maîtrise pas. Il doit apprendre à célébrer la messe, à écouter les confidences des paroissiens, à gérer les tensions locales, tout en gardant un œil sur la route au cas où des silhouettes familières pointeraient le bout de leur nez. Les quiproquos s’enchaînent : une confession qui ressemble trop à un aveu de crime, une bagarre qui menace d’éclater dans la sacristie, un sermon improvisé qui trahit son manque total de culture religieuse.

L’un des plaisirs de lecture tient à cette double tension : d’un côté, la fuite en avant d’un truand traqué ; de l’autre, la farce d’un imposteur plongé dans un rôle moralement opposé à sa nature. Le scénario joue sur la frontière fragile entre ces deux registres, en multipliant les moments où Lucien doit arbitrer entre sauver sa peau et répondre, malgré lui, à des attentes spirituelles. Certains habitants du village se mettent à voir en lui un guide, ce qui rend la supercherie de plus en plus lourde à porter.

Sans dévoiler tous les rebondissements, le tome pose aussi les jalons d’une intrigue plus large : les mafieux ne restent pas les bras croisés, des indices finissent par filtrer, et le décor jurassien, avec ses routes sinueuses, ses forêts et ses bâtiments austères, devient un personnage à part entière. La fin de l’album laisse clairement entendre que l’histoire ne s’arrêtera pas à ce simple jeu de cache-cache, et que les tomes suivants creuseront à la fois le passé de Lucien et les enjeux autour de cette paroisse pas si paisible.

Dans cette dynamique, chaque scène cherche à conjuguer efficacité narrative et humour grinçant. Le résumé global pourrait se dire en une phrase, mais la lecture repose sur les détails : la petite phrase de trop lâchée par Lucien, le regard soupçonneux d’un paroissien, la manière dont un geste de truand se retrouve déplacé dans un contexte religieux. C’est là que la série BD trouve son ton singulier, entre polar, comédie et chronique villageoise.

Personnages et dynamique dramatique : un anti-héros en soutane au centre du jeu

Si Habemus Bastard marque autant les esprits, c’est d’abord grâce à ses personnages. Le duo Schwartzmann–Vallée sait que dans un polar graphique, un bon décor ne suffit pas : il faut des figures immédiatement lisibles, mais assez nuancées pour éviter le simple sketch. La série BD prend ainsi le temps d’installer une petite galerie d’âmes perdues, plus ou moins croyantes, plus ou moins dangereuses.

Au centre, Lucien occupe évidemment tout l’angle de vue. Anti-héros typique du roman noir, il n’est ni repenti ni héroïque. C’est un professionnel de la violence, qui ne cherche pas à justifier son passé. Sa seule boussole est la survie, au moins dans les premières pages. Cependant, le contact forcé avec les habitants du village oblige peu à peu le personnage à sortir de sa carapace. En se retrouvant exposé à des détresses ordinaires – dettes, solitude, rancœurs familiales – il découvre des problèmes auxquels on ne répond pas avec un calibre, mais avec des mots, voire avec un minimum d’écoute.

Autour de lui gravitent plusieurs figures-clés. On trouve par exemple le représentant de l’autorité religieuse qui a missionné ce nouveau curé sans bien connaître son profil, des paroissiens têtus, des notables locaux plus attachés au pouvoir qu’à la foi. Chacun porte une part de comique et une part de noirceur. La satire ne se limite pas à pointer du doigt l’Église ; elle s’intéresse aussi aux hypocrisies du village, aux arrangements moraux de ceux qui profitent du cadre religieux pour mieux asseoir leur influence.

Les criminels, eux, ne sont jamais très loin. Le patron de Lucien et ses hommes de main restent en toile de fond dans ce premier tome, mais leur présence plane sur chaque page. Un coup de fil, une rumeur venue de la ville, un véhicule inconnu sur la route suffisent à rappeler au lecteur que le passé peut ressurgir à tout moment. Ce jeu de va-et-vient permanent entre l’intérieur du presbytère et le monde extérieur crée une tension continue.

La construction dramatique s’appuie enfin sur quelques personnages secondaires qui, sans être caricaturaux, incarnent des types bien identifiés. On pense à la paroissienne trop zélée, au maire obsédé par son image, à l’adolescent en rupture, voire au fidèle sincèrement paumé qui trouve dans ce « nouveau prêtre » une oreille attentive. Certains servent de miroir à Lucien, l’obligeant à se confronter à ses propres contradictions. D’autres fonctionnent comme des détonateurs comiques, faisant surgir des situations absurdes à partir de malentendus.

Là où la série BD se distingue d’une simple comédie de situation, c’est dans la manière dont elle refuse de tout résoudre par le gag. Derrière une blague sur la confession ou une situation cocasse pendant la messe, pointe souvent une vraie question : qu’est-ce qu’on attend d’un représentant de l’Église aujourd’hui ? À quel moment un rôle social devient-il une forme de masque, au même titre qu’une fausse identité de truand ? Le personnage de Lucien, coincé entre son passé criminel et sa nouvelle fonction fictive, incarne littéralement cette question du masque.

Pour les lecteurs qui aiment se repérer dans les univers, il peut être utile de résumer les principaux protagonistes.

  • Lucien : homme de main en fuite, se fait passer pour un prêtre ; mélange de cynisme, de débrouillardise et de fêlures.
  • Le patron mafieux : figure menaçante, rarement montrée en totalité mais omniprésente par la peur qu’il inspire.
  • Les tueurs lancés à ses trousses : silhouettes de polar, parfois bêtes et brutales, parfois étonnamment lucides.
  • Les paroissiens du village : galerie de caractères, du fidèle sincère au notable ambigu, qui servent de révélateurs des faux-semblants.
  • La hiérarchie ecclésiastique : peu présente mais centrale dans la critique douce-amère du pouvoir religieux.

En associant ces figures, la bande dessinée construit un théâtre où chacun joue un rôle social, plus ou moins consciemment. Lucien n’est finalement pas le seul imposteur ; il est celui dont le masque est le plus visible. C’est cette communauté d’illusions partagées qui donne à Habemus Bastard une profondeur inattendue sous son vernis de polar humoristique.

Cette richesse de personnages n’aurait pourtant pas le même impact sans le travail graphique, qui mérite qu’on s’y arrête longuement.

Scénario, ton et construction de la bande dessinée : comment Habemus Bastard tient en haleine

Le scénario de Habemus Bastard repose sur une mécanique bien huilée : un point de départ fort, une fuite en avant permanente, des enjeux moraux glissés sous la surface. Jacky Schwartzmann connaît les codes du roman noir, et cela se sent dans la façon dont il rythme les révélations, installe les dialogues et gère le hors-champ. Chaque chapitre de l’album se termine sur une petite tension, parfois spectaculaire, parfois psychologique, qui donne envie de continuer.

Le ton, lui, oscille entre l’absurde et la gravité. Les critiques ont beaucoup insisté sur l’humour noir « grinçant », « décapant », « corrosif ». Effectivement, la BD n’a pas peur de faire rire avec des sujets lourds : crime organisé, corruption, pouvoir ecclésiastique. Les dialogues sont truffés de répliques qui cassent l’image lisse de l’Église, sans tomber dans la moquerie gratuite. L’iconoclasme reste « délicieusement » assumé, mais il s’ancre toujours dans une situation précise, un enjeu narratif concret.

Dans la construction de l’album, l’alternance entre scènes d’intérieur et extérieurs jurassiens joue un rôle essentiel. Les passages dans l’église, le presbytère, les salles paroissiales concentrent souvent l’humour et les quiproquos. Les scènes en extérieur, sur les routes ou dans les bois, ramènent le lecteur vers le registre du polar classique : filatures, coups de pression, fusillades esquissées. Cette respiration évite que le livre se transforme en simple sitcom ecclésiastique.

Un autre atout tient à la gestion des non-dits. Lucien, par exemple, est loin de tout raconter de son passé. Quelques bribes suffisent à comprendre d’où il vient, mais le scénariste garde de la matière pour d’éventuels tomes suivants. De même, les motivations réelles de certains villageois restent volontairement floues, nourrissant un sentiment d’inquiétude diffuse. Le lecteur comprend vite que ce coin de Jura n’est pas seulement un décor pittoresque, mais un espace où chacun cache quelque chose.

Il est intéressant de noter que la série BD ne cherche pas à moraliser. La question de la foi, du pardon ou de la rédemption est bien présente, mais jamais posée de manière lourde. Plutôt que d’asséner un message, le récit multiplie les situations où la morale se brouille : un truand qui écoute sincèrement la détresse d’une paroissienne, un notable respectable qui se montre plus violent qu’un criminel, un geste de compassion qui naît d’un pur réflexe de survie. Cette ambiguïté participe de la modernité de la bande dessinée.

Pour un lecteur habitué aux grandes séries de polar graphique, on retrouve des repères rassurants : dialogues ciselés, tempo rapide, scènes d’action visuellement claires. Mais le mélange avec la satire religieuse et la chronique villageoise donne à Habemus Bastard une couleur particulière. Là où d’autres BD choisiraient un milieu de gangsters urbains ou une grande métropole, le choix du Jura offre un ancrage régional rarement exploré dans ce registre, avec des routes enneigées, des maisons de pierre, des clochers isolés.

Pour résumer la manière dont le livre tient son lecteur, on peut la comparer à une série télé de qualité : chaque séquence a sa petite utilité dans l’ensemble, le ton reste cohérent, et l’épisode se termine avec juste assez de questions ouvertes pour donner envie de revenir. Ce n’est pas un hasard si beaucoup de lectrices et lecteurs témoignent du fait qu’ils l’ont « lu d’une traite », comme le soulignait déjà France Info en 2024.

La cohérence du projet tient enfin à la manière dont scénario et dessin se parlent, ce qu’un petit tableau peut aider à visualiser.

Élément Scénario (Jacky Schwartzmann) Illustrations (Sylvain Vallée)
Genre principal Polar noir avec humour grinçant et satire sociale Dessin semi-réaliste, cadrages de thriller, mise en scène très lisible
Rythme Chapitres courts, cliffhangers, alternance humour/tension Découpage dynamique, alternance de gros plans et plans larges sur le Jura
Personnages Anti-héros complexe, secondaires typés mais nuancés Physionomies expressives, gestuelle qui accentue le comique et la menace
Registre comique Dialogues piquants, quiproquos, détournement du langage religieux Expressions faciales, contrastes entre soutane et gestes de truand

En conjuguant ces dimensions, la série BD trouve son équilibre : assez dense pour satisfaire les amateurs de polar, assez drôle pour séduire un lectorat plus large, assez soignée graphiquement pour donner envie d’y revenir.

Illustrations, mise en scène et travail d’édition : ce que le dessin apporte au polar

Les illustrations de Habemus Bastard portent la marque reconnaissable de Sylvain Vallée. Son trait semi-réaliste, déjà éprouvé dans des fresques historiques et des récits criminels, se met ici au service d’un univers plus resserré, presque théâtral. La physionomie de Lucien, par exemple, mélange dureté et lassitude, avec ce regard souvent mi-clos qui dit autant la fatigue que la méfiance permanente.

Le Jura, cadre principal, n’est pas traité comme un simple fond interchangeable. Les montagnes, les forêts, les routes sinueuses deviennent autant de vecteurs de tension. Une voiture qui se détache sur une route déserte suffit à créer l’inquiétude. La neige, quand elle apparaît, change la donne : elle ralentit, elle isole, elle absorbe les bruits. Là où d’autres polars graphiques misent sur la ville nocturne, celui-ci mise sur le silence rural, ce qui donne un ton visuel singulier à la série BD.

La mise en page reste claire, au service du récit. Peu d’expérimentations formelles gratuites, mais un vrai sens de la lisibilité. Une scène d’action est toujours compréhensible en un coup d’œil, même pour quelqu’un qui lirait rapidement. Les cases s’ouvrent parfois pour laisser respirer un paysage, puis se resserrent sur un échange de regards dans le confessionnal ou sur une main qui tremble en tenant un chapelet. Ce jeu de focale accompagne parfaitement la bascule permanente entre polar et chronique paroissiale.

Sur le plan de la couleur, la bande dessinée privilégie une palette plutôt réaliste, avec des dominantes parfois froides pour les extérieurs et des tonalités plus chaudes pour les intérieurs d’église ou de maison. Ce contraste soutient le propos : dehors, le danger et l’inconnu ; dedans, la chaleur trompeuse d’un refuge qui n’en est pas tout à fait un. Le travail de lumière dans les scènes nocturnes, notamment, accentue la tension sans verser dans l’illustration spectaculaire.

Côté édition, Dargaud propose un album cartonné de belle facture, dans un format classique qui met bien en valeur le découpage de Vallée. Les 88 pages offrent une densité de récit appréciable : on n’est ni dans la BD ultra-décompressée qui se lit en dix minutes, ni dans le pavé difficile à aborder. Le papier et l’impression offrent un bon rendu des nuances de couleur, ce qui est important dans une œuvre où les ambiances lumineuses jouent un rôle narratif.

Les amateurs de détails éditoriaux noteront la présence des habituelles informations techniques : ISBN 9782205089943, collection Hors Collection, et la mention d’un public « tous publics ». Pour un libraire, ces éléments facilitent le conseil, en l’inscrivant à la croisée du polar, de la BD de genre et de la satire contemporaine. Le positionnement prix, autour de 21,50 €, se situe dans la fourchette haute mais cohérente des albums de cette pagination chez les grands éditeurs franco-belges.

La réussite du livre se mesure aussi à sa présence dans les médias traditionnels. À sa sortie, la BD s’est retrouvée chroniquée aussi bien dans des quotidiens nationaux que sur des radios publiques. France Bleu, par exemple, soulignait comment le récit, « servi par un humour noir corrosif », explorait la foi, le pouvoir ecclésiastique et la moralité. Le Monde insistait sur l’efficacité du dessin et la jubilation des dialogues. Le Figaro Littéraire, Marianne, La Voix du Nord ou La Provence ont chacun mis en avant un aspect différent : le rythme, la truculence, l’iconoclasme.

Cette convergence d’échos montre bien que Habemus Bastard dépasse la niche du polar BD pour parler à un public plus large de lecteurs curieux. En 2026, où la frontière entre séries télé, romans policiers et bande dessinée devient de plus en plus poreuse, ce type de projet transgenre trouve naturellement sa place, y compris sur les tables de librairies généralistes.

Reste la question qui intéresse souvent les lecteurs : à qui conseiller cette série, et avec quoi la rapprocher dans une bibliothèque bien fournie ?

Public visé, comparaisons et place d’Habemus Bastard dans la BD de polar contemporaine

Habemus Bastard est une série BD qui s’adresse d’abord aux amateurs de récits policiers graphiques, mais pas seulement. Le mélange entre histoire de truand, satire religieuse et chronique villageoise permet de toucher plusieurs profils de lecteurs. Un adepte de polars littéraires pourra y retrouver ses codes de prédilection, transposés dans la bande dessinée. Un lecteur curieux, plutôt attaché à la comédie ou aux récits de personnages, pourra entrer par l’humour noir et les situations de quiproquos.

Pour les professionnels du livre, l’album joue sur un terrain qui évoque d’autres réussites du catalogue Dargaud ou d’éditeurs voisins : l’alliance entre un dessinateur confirmé et un auteur de romans policiers installés, la volonté de proposer un objet lisible sans sacrifier la densité thématique. Dans une bibliothèque de BD de genre, on peut le placer non loin de séries qui interrogent la morale à travers le polar, tout en gardant cette singularité du décor jurassien et du prêtre imposteur.

La série compte déjà deux tomes parus, ce qui permet aux lecteurs qui accrochent de ne pas rester sur leur faim. Le premier volume, L’être nécessaire, pose le décor, le ton, la galerie de personnages. Le suivant prolonge la fuite en avant de Lucien, approfondit certains secondaires et fait monter les enjeux autour de la paroisse. Pour un club de lecture BD ou une sélection thématique en médiathèque, proposer les deux volumes d’un coup permet de donner une expérience de lecture plus complète.

La question de la sensibilité religieuse revient souvent quand une œuvre joue avec les symboles de l’Église. Ici, l’irrévérence est réelle, mais elle s’accompagne d’une curiosité sincère pour ce que représente une paroisse aujourd’hui : un lieu où se croisent croyants convaincus, habitués par tradition, personnes en quête de repères, et opportunistes qui y voient un outil de pouvoir local. Le regard porté par la bande dessinée reste critique, mais il ne se réduit pas à un simple pamphlet. Cela la rend recommandable à des lecteurs croyants comme à des lecteurs agnostiques, à condition d’apprécier l’humour noir.

Pour résumer à qui la série BD convient particulièrement :

  • Lecteurs de polars graphiques qui aiment les anti-héros ambigus, les intrigues tendues et les dialogues percutants.
  • Amateurs de comédies noires qui ne sont pas rebutés par une satire de l’institution religieuse et du pouvoir local.
  • Curieux de la BD contemporaine cherchant une bande dessinée française ancrée dans un territoire précis, loin des clichés urbains.
  • Clubs de lecture BD intéressés par des ouvrages qui permettent de discuter morale, identité, rôle social et hypocrisie collective.

À l’inverse, la série plaira sans doute moins à celles et ceux qui recherchent un récit édifiant sur la foi, ou une BD strictement réaliste sans pointe d’absurde. La présence constante d’un second degré, les choix de mise en scène parfois surréalistes et la liberté de ton vis-à-vis de l’Église en font une lecture résolument adulte, même si l’étiquette « tous publics » figure sur la couverture.

En 2026, alors que les adaptations audiovisuelles de BD policières se multiplient, Habemus Bastard donne aussi l’impression d’un projet fait pour le grand ou le petit écran : un décor fort, un concept lisible en une phrase, un héros marquant. Pour l’instant, la série se lit sur papier, dans cette édition Dargaud soignée, et c’est déjà beaucoup.

De quoi parle la série BD Habemus Bastard en quelques mots ?

Habemus Bastard raconte la cavale de Lucien, un homme de main qui, après avoir raté une mission pour son patron mafieux, se cache en se faisant passer pour un prêtre dans un village isolé du Jura. La série mêle polar noir, humour grinçant et satire de l’Église et du pouvoir local.

Combien de tomes compte actuellement la bande dessinée Habemus Bastard ?

À ce jour, la série Habemus Bastard compte deux tomes parus chez Dargaud. Le premier, L’être nécessaire, pose le décor et les personnages, tandis que le second prolonge l’intrigue autour de Lucien et de la paroisse.

Quel est le public visé par Habemus Bastard ?

L’album est classé tous publics par l’éditeur, mais il s’adresse surtout à un lectorat adulte ou adolescent amateur de polars, d’humour noir et de récits de personnages ambigus. Les scènes restent stylisées et l’intérêt principal réside dans le ton caustique et la tension narrative.

Qui sont les auteurs de la série BD Habemus Bastard ?

Habemus Bastard est co-créé par le scénariste de polar Jacky Schwartzmann et le dessinateur Sylvain Vallée, connu pour Il était une fois en France, Katanga ou Tananarive. Ensemble, ils signent un polar iconoclaste au dessin semi-réaliste très efficace.

Où se procurer Habemus Bastard en 2026 ?

La série est disponible dans la plupart des librairies indépendantes, en commande via le réseau des libraires, ainsi que sur la boutique officielle de Dargaud et les grandes plateformes en ligne. Pour soutenir la chaîne du livre, il est recommandé de privilégier une librairie indépendante près de chez vous.

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